Marion

"Ma petite personne et mon corps ont grandi, balloté en triangulation entre principalement trois sphères distinctes: Élevée en partie par ma grand-mère prônant fièrement le fait de me faire savourer le saucisson à l'ail et les petits cous de canards à l’ancienne; préparés par le petit boucher du coin où j'allais moi-même enfant chercher les commissions.C'était des plaisirs. De l'amour, de la récompense. Du peu dont je me souvienne j'ai toujours ressenti une forme d'amour inconditionnel dans son regard concernant mon image mon corps. C'était si bon c'était si doux. Elle me gavait un peu comme une petite oie. Et il n'y avait rien de grave.


Paradoxalement, récupérée par mon père ( son fils) ayant ma garde mais travaillant beaucoup, je sentais son regard lourd sur mon corps, tatoué subtilement de jugements, de peurs vis-à-vis d'un corps, qui s'arrondit, qui vit. De mes marques de vie empruntée, accumulées chez Mamie, à la saveur du bonheur et d'ambiance de madeleine de Proust et d’Épicure . Plus les années passaient plus il y avait ces remarques: « tu es trop gourmande », « tu as pris des cuisses là ? », « tu devrais faire attention », « c'est toi qui as ouvert ce paquet de gâteaux »?


Une scène marquante, autant que souffrante, pliée à ce conditionnement d'être aimée et considérée dans un léger 36 pour lequel, « il faut se battre »: il me voit en maillot en me disant « ah là tu es bien comme ça, tu es belle ma fille ». J'ai 24/25 ans et je suis en dépression profonde...Et pourtant j'avais gagné le Graal du corps non?.

De l’âge de 6 ans jusqu'à ce que je clôture toutes ces relations parentales toxiques il y a plus de 3 ans, ma mère que je ne voyais qu'un week-end sur deux me ramassait à la petite cuillère. De douleurs et de larmes.Tellement je ne l'aimais pas ce corps. Tellement je me trouvais grosse. Tellement j'entendais ces petites voix, ces jugements permanents. .


Elle me rassurait beaucoup tout le temps.Mais cela ne rentrait pas. Elle-même de ce conditionnement pendant des années.Un 36 ou rien.


C'est un travail immense d’apprendre la bienveillance. S’éduquer sereinement. D'exprimer et accueillir colères enfouies et interdites. Être soi-même bienveillante; de ne pas toujours savoir l'être avec soi-même, avec ces bruits et son semi-permanents. Mimétisme quand tu nous tiens. Des générations entières à nettoyer et panser.Souvent tout ceci passe d'ailleurs par le corps. En somatisation. Douleurs. Souffrances. Remontées. Depuis des années. Une vraie grosse cuite intense à nettoyer ! Alors il n’est pas encore aisé de l'aimer, non.

Encore moins de le ressentir. De le regarder. Le toucher. .

Entendre mon amoureux dire qu'il me trouve belle me fait grincer quand moi je n'arrive pas à l'ancrer et à le ressentir malgré tout ce temps, ce travail, cette patience. C'est d'une telle tristesse. Prison interne que l'on ne voit pas. .

Mais que nenni ! Je suis bien trop amoureuse des couleurs. Des contrastes. Des textures. De l’harmonie.

J'y arriverais. Même si c'est pour dans 10 ans.Car la première réaction à la découverte de ce dessin a été : L’Harmonie Deuxième réaction : c’est moi . Alors je dormirais jour-nuit près de lui s'il le faut et j'apprendrai. Et peu à peu je me délivrerai de ces chaînes. Je vais y arriver .


Pour moi. Parce que la liberté c'est des paillettes en barre. Parce qu'il y a bien trop de filles, de femmes géniales et radieuses qui montrent ce beau chemin. Cet aspect d’amour inconditionnel que je veux du fond du cœur ressentir. Ressentir, ressentir encore et encore en m'en faire éclater le cœur et arrondir mon ventre d'amour et de vie.

Prenez soin de vous."



Marion

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